


| Position de Serge Grouard sur la loi de Programmation Militaire |
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C'est à cette aûne, Monsieur le Ministre qu'il convient d'évaluer votre projet en répondant à la question générale : Donne t-il à la France les capacités et les outils de sa sécurité et de sa crédibilité politique? Ce qui en d'autres termes appelle trois questions simples :
I- Le projet politique de la France est-il pertinent au regard des évolutions internationales, des menaces et des risques ?
II- Dans ce cadre, le projet de LPM a-t-il défini les bonnes orientations stratégiques et le bon format capacitaire ?
III-Y consacre t-on les moyens suffisants ?
I - Le Livre Blanc nous a proposé une analyse des perspectives internationales et des menaces dont on a salué l'exhaustivité. On ne reviendra donc pas sur ses attendus. Je souhaite néanmoins insister sur trois points mentionnés dans la LPM:
-1) L'hypothèse de voir émerger de nouveaux conflits interétatiques est malheureusement crédible. Qui peut prédire comment va évoluer le jeu de coopération-compétition entre Grandes Puissances ?
. Assiste-t-on à l'émergence d'un nouveau « concert des Nations » . ou bien à un rééquilibrage au détriment des Etats-Unis . ou encore à un basculement progressif de la puissance au profit de l'Asie ?
Nul n'en sait rien. Alors soyons très prudents et prenons l'hypothèse au sérieux car elle est dimenssionnante pour nos besoins capacitaires.
- 2) Nous sommes entrés dans l'ère des ressources naturelles limitées comme dans l'ère des risques écologiques majeurs et nul, là encore, ne peut prétendre savoir quelles en seront les conséquences internationales. Le conflit écologique ne peut en tout cas être écarté.
- 3) Le projet politique français ne peut se concevoir que dans le cadre d'une construction européenne qui doit redevenir cette communauté de destin qui l'a portée aux premières heures. Pour cela la construction d'une politique européenne de défense est une priorité. Elle doit être compatible avec nos alliances notamment l'Alliance Atlantique.
Au total le Livre Blanc puis le projet de LPM proposent une articulation pertinente entre l'analyse de la situation internationale et notre projet politique. Il n'y a pas d'aaalternative possible. C'est la raison pour laquelle nous y souscrivons sans réserve.
II – 2 ème question. les orientations stratégiques et le format capacitaire de la LPM sont-ils cohérents avec notre projet politique ?
L'architecture stratégique en s'organisant autour de cinq fonctions complémentaire : connaissance et anticipation, dissuasion prévention , protection et intervention doit accroître notre liberté et notre capacité d'action sans lesquelles il ne saurait y avoir de crédibilité internationale. En cela, il y a cohérence pourvu que le format capacitaire soit lui-même suffisant. Sans entrer dans le détail, il convient ici de saluer trois orientations fortes :
- d'abord, le renforcement de la dimension spatiale que l'on préconisait depuis de longues années va sensiblement accroître grâce aux programmes d'observation, d'écoute, de surveillance de l'espace et d'alerte avancée, nos capacités d'information et de renseignement et ainsi renforcer notre liberté d'action par une meilleure connaissance des situations et des théâtres extérieurs. - Ensuite et fondamentalement, notre dissuasion nucléaire est pérennisée. Je salue ici l'effort qui a été conduit lors de la précédente loi de programmation par Mme Alliot-Marie.
Le projet actuel confirme cet effort avec le 4ème SNLE-NG, le missile SLBM M51, le Rafale et l'ASMPA avec le mirage 2000NK3. Dans un environnement où l'on ne désinventera pas l'arme nucléaire, cette capacité confère la liberté de décision et d'action nécessaire à notre crédibilité.
Enfin, troisième remarque, le format de nos capacités opérationnelles conventionnelles répond aux objectifs de prévention, de protection et d'intervention. Pour l'Armée de Terre : capacité de mobiliser jusqu'à 45 000 hommes et de s'engager dans des combats de haute intensité avec des moyens de protection renforcés. Pour l'Armée de l'Air : capacité de combat de 70 avions pour un total de 300. Pour la Marine, 2 à 3 groupes, d'interventions.
Restent deux incertitudes qu'il faut lever :
- A quand l'entrée en service de l'A 400 M, essentiel pour notre capacité de projection, - quid de l'acquisition du 2ème porte-avions et donc de la permanence opérationnelle aéronavale en mer.
Monsieur le Ministre, si le choix du 2ème porte-avions venait à être fait, je proposerais volontiers qu'on le baptise le Jeanne d'Arc puisque le porte hélicoptères du même nom va être retiré du service. Avec le Charles de Gaulle et le Jeanne d'Arc n'aurions-nous pas un résumé hautement symbolique de notre belle Histoire de France.
Au total, nous pensons que les orientations stratégiques et le volume capacitaire, définis par la LPM répondent aux nécessités de notre posture internationale.
III - Reste à savoir sir les moyens humains, matériels et financiers ont été correctement évalués.
Faut-il le rappeler nous payons encore en la matière le prix des lourdes erreurs commises dans les années 80 et 90.
Des erreurs majeures dans les choix de matériel ont été accumulées tandis que trop souvent les engagements financiers n'étaient pas respectés. Ainsi avec la Loi de Programmation 1997-2002, ce sont 12 milliards d'euros qui ont fait défaut. Il a d'abord fallu mettre fin à ces errements ce qui a été fait par la dernière Loi de Programmation Militaire 2002-2007 qui pour la 1ère fois a globalement respecté les objectifs financiers qu'elle s'était fixés. Le projet 2009-2014 poursuit ce rattrapage qui va d'ailleurs aller au-delà puisqu'il est intéressant de noter qu'une 2ème étape (2015-2020 ) est d'ores et déjà ébauchée. Il est essentiel que cette continuité soit assurée.
- Au plan humain, on note la diminution du volume de nos forces de 271 000 personnels à 225 000. On ne saurait descendre davantage et il convient de mettre en oeuvre une ambitieuse politique des réserves afin de pouvoir remonter en puissance le cas échéant. - Pour les commandes de matériels, on saluera tout particulièrement les commandes de près de 500 VBCI, le choix prudent de conserver quelques hélicoptères Gazelles compte tenu d'un coût horaire de vol 8 fois inférieur à celui du Tigre. - La décision de mettre sous cocon un quart des Tigres. - La rénovation des Mirages 2000D permettant une économie sur le Rafale. - La recherche de solutions innovantes, à l'exemple de l'arrêt des SNA un an avant les IPER
Il reste ici à réduire les coûts de fonctionnement et de maintien en condition opérationnelle. Il convient pour cela que le ministère de la Défense s'engage résolument vers des programmations intégrant le coût global des matériel.
Du point de vue financier, il convient de saluer l'engagement pris à hauteur de 377 milliards d'euros sur 12 ans dont près de 185 milliards pour la période 2009-2014.
La clé de la réussite est là.
En conclusion, vous l'avez compris, Monsieur le Ministre, le groupe UMP considère que votre projet est sérieux, cohérent et volontaire. C'est la raison pour laquelle nous le voterons avec satisfaction. Permettez-moi de terminer par ce qui est peut-être l'essentiel et ce que Thucydide résumait en disant « le moral des forces vaut plus que l'épaisseur des murailles ». La France porte en elle une grande et belle tradition militaire qu'il faut préserver. A l'heure où nos forces sont engagées un peu partout dans le monde notamment en Afghanistan, nous voulons leur dire qu'elles ont l'estime, la reconnaissance et la soutien de la Nation tout entière.
Serge GROUARD
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